LOUISON PAVIE - Assistante décoratrice,
La montée des flammes en territoire humide
de Bertrand Mandico.
Tuteurice de stage: Sarah Fauguet
Lieu: Anciens bureaux Vertbaudet, Tourcoing.
Enseignant.e.s référent.e.s: Alexis Trousset | Nathalie Stefanov
Etablissement : École supérieure d’art | Dunkerque-Tourcoing (Esä),
Filière Art.image
2026
Remerciements
Je tiens à commencer ce rapport par des remerciements adressés à l’ensemble de l’équipe décoration pour m’avoir permis d’intégrer ce projet. En particulier, je remercie Sarah Fauguet, cheffe décoratrice, pour m’avoir accordé sa confiance dès mon arrivée. Le fait qu’elle ait été ouverte à mes propositions plastiques et qu’elle m’ait confié des responsabilités directes sur le plateau a été le moteur de mon implication.
Je remercie également l’accessoiriste Thomas Salabert pour sa pédagogie et le partage de ses techniques de terrain. Enfin, je salue le travail de Bertrand Mandico, ainsi que les techniciens pour leur accueil sur ce site industriel atypique.
Introduction
Mon quotidien de création est habituellement tourné vers l’immatériel, la manipulation de flux de données et la programmation logicielle via Arduino ou TouchDesigner. Ce stage au sein de la production de Bertrand Mandico représentait pour moi une nécessité de rupture en quittant l’écran pour me confronter à la «matière» et au travail physique de plateau.
L’enjeu était d’intégrer une équipe déco de 5 à 6 personnes pour construire un univers visuel complexe au sein d’une ancienne friche industrielle : les bureaux désaffectés de Vertbaudet à Tourcoing. Mon objectif était de comprendre comment une intention artistique se transforme au contact des contraintes de terrain, tout en explorant la physicalité d’un métier qui m’était jusque-là inconnu.
ANALYSE DES MISSIONS ET PRISE DE RESPONSABILITÉ
Mon stage a consisté à transformer un plateau industriel vide en un espace narratif saturé.
La scénographie de l’accumulation
La première phase a été une forme d’exploration archéologique des étages du bâtiment. Nous avons fouillé les bureaux pour collecter des armoires métalliques et des montagnes de dossiers. Ma mission était de mettre en scène cette masse pour créer un effet d’étouffement bureaucratique. J’ai dû réfléchir à l’agencement spatial pour que l’accumulation de papier paraisse à la fois organique et écrasante.
Chimie des surfaces et transformation monochrome
Sous la direction de Sarah Fauguet, j’ai été chargée de l’unification visuelle du lieu. L’objectif était de créer une atmosphère monochrome filmée en couleur, ce qui demandait un travail précis sur les textures.
Peinture décorative : J’ai utilisé un pistolet à peinture haute pression (type Karcher) pour unifier les murs de brique et les
vitres, supprimant ainsi tout repère temporel.
Techniques de patine : J’ai appris à préparer et appliquer du gesso ainsi qu’à utiliser divers pinceaux et rouleaux comme la pâte de lapin pour simuler des salissures et un vieillissement réaliste sur le mobilier. Ce travail très physique a été une découverte, la fatigue corporelle liée au maniement des outils et au déplacement des volumes modifie radicalement le rapport à l’image produite.
Autonomie et choix plastiques
Ce qui m’a le plus marquée est la liberté d’action qui m’a été laissée. J’ai été écoutée dans mes suggestions concernant le traitement de certaines zones du décor. Cette confiance m’a permis de prendre des décisions directes sur l’aspect visuel final, validant ainsi ma capacité à traduire une intention abstraite en un résultat plastique concret.
BILAN RÉFLEXIF ET ÉTHIQUE : L’ENVERS DU DÉCOR
Ce stage a été l’occasion d’observer les écarts entre les phases d’un projet.
Une dynamique collective forte
Durant la phase de préparation, l’ambiance au sein de l’équipe décoration était marquée par une bienveillance et une solidarité qui m’ont agréablement surprise. Ce travail en groupe m’a permis de comprendre l’importance du dialogue entre les corps de métier pour maintenir une cohérence esthétique malgré les imprévus
techniques.
La réalité du plateau et ses travers
Toutefois, le climat a changé dès le début du tournage effectif. L’arrivée de l’équipe complète (régie, techniciens, figurants) a rendu l’atmosphère lourde et pesante. J’ai été particulièrement touchée par le traitement réservé aux figurantes. Les danseuses subissaient des conditions de travail éprouvantes qui m’ont semblé manquer de respect humain. Cette prise de conscience sur les «vices» potentiels du milieu du cinéma a été une leçon de réalisme. La beauté du résultat visuel ne justifie pas tout, et l’éthique de production est un sujet sur lequel je resterai vigilante à l’avenir.
CONCLUSION : PERSPECTIVES PROFESSIONNELLES
Ce stage a été une étape clé dans mon parcours. Il m’a permis d’élargir mon réseau professionnel et de valider mon intérêt pour la scénographie physique. Pour mon projet de diplôme, je souhaite désormais créer des ponts entre la physicalité du décor et mes systèmes numériques (Arduino/TouchDesigner).
Cette immersion au Fresnoy m’a appris que la rigueur de mise en scène est la même, qu’on manipule des pixels ou du papier. Je repars avec une meilleure confiance en mes choix visuels et une envie réelle de renouveler des expériences de création collective, tout en portant une attention particulière à l’humain dans le processus.