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ALEXANDRE RIES - stage auprès de Faye Formisano

Stage réalisé au Fresnoy entre janvier et avril 2019 auprès de l’artiste étudiante Faye Formisano sur son film Insemnopedy, Le Rêve de Victor F.

Remerciements
Faye Formisano, Eric Prigent, le magasin image du Fresnoy, le pôle post-production du Fresnoy, Pascal Auffray, Charles Gallay.

Introduction, une expérience particulière
Faire un stage au Fresnoy en tant qu’étudiant Ar+image est une expérience particulière, unique, qui ne ressemble pas à un stage traditionnel auprès d’un artiste ou d’une institution artistique. La principale différence est que nous commençons à fréquenter Le Fresnoy en même temps que les étudiants de première année. Nous participons aux mêmes workshops, ateliers, journées d’études, etc. Nous apprenons ainsi à nous connaître mutuellement lors de ces premiers mois, dans une ambiance de découverte collective de cette institution qu’est Le Fresnoy. Nous avons ainsi le temps d’échanger, de découvrir l’ensemble des étudiants et leurs projets respectifs, puis de faire le choix de celui qui nous correspondra le mieux parmi les 44 étudiants du Fresnoy.
Avec un bagage universitaire en études de cinéma et un présent relevant désormais de l’art contemporain grâce à la filière Ar+image, dont je fais partie depuis septembre 2018, je me suis tourné vers le projet de Faye Formisano, un court métrage produit par une institution dont la ligne éditoriale oscille entre art contemporain et cinéma : Le Fresnoy.
Cette expérience est pour moi l’opportunité de découvrir et de participer à la réalisation d’un projet de cinéma à échelle 1/1, c’est-à-dire produit avec des moyens professionnels. J’ai ainsi pu accompagner toutes les phases de travail du film, de la préproduction à la finalisation, en passant par la réalisation et la post-production.
Le stage m’a permis d’adopter différentes positions, en tant qu’observateur apprenant mais aussi en tant que participant à part entière, en mettant mes compétences au service du projet, tantôt artistiques, tantôt techniques.

L’idée du film, un rêve halluciné
Il s’agit d’un court métrage dont l’histoire est inspirée du roman Frankenstein de Mary Shelley. Plutôt que de proposer une nouvelle adaptation du roman, l’artiste étudiante a choisi de mettre en scène et en images un court passage du livre évoquant le rêve fait par le docteur Victor Frankenstein après avoir fabriqué la créature. Lors de cette nuit agitée, Victor fera un rêve halluciné qui le plongera dans les tourments de ses passions douloureuses. Il reverra notamment la mort de sa mère, mais aussi son amour d’enfance, Elisabeth, et tous ces corps ne feront qu’un dans une sublimation dansée généralisée.
Cette adaptation libre et personnelle de l’artiste apporte une nouvelle lecture du mythe qui a inspiré nombre de cinéastes et autres artistes depuis maintenant deux siècles. Le film propose un style surréaliste inspiré de la vague expressionniste allemande et sera présenté en noir et blanc.

Une aventure humaine
Tout d’abord, lors de cette phase, j’ai suivi le projet en observant la manière dont l’artiste met en corrélation ses références littéraires, cinématographiques, plastiques et musicales. J’ai eu accès à son univers à travers des discussions informelles. Lors de la phase d’écriture du story-board, j’ai eu l’occasion, à certains moments et pour certaines scènes, de l’aider à traduire ses idées et ses intentions en une mise en scène cinématographique en me servant de mon expérience personnelle et de mes connaissances en cinéma. Ce partage fut enrichissant, car j’ai eu le sentiment d’apporter quelque chose au projet en développement.

Sound design, une plongée dans la sonothèque du Fresnoy
Insemnopedy est un film tourné sans son : tous les sons du film proviennent de voix enregistrées en studio, de bruitages et de sons piochés dans la sonothèque, la banque de sons du Fresnoy. Pendant toute une après-midi, dans une cabine du pôle son, j’ai été chargé de rechercher des sons particuliers afin de préparer l’univers sonore du film. J’ai ainsi trouvé et rassemblé des sons de portes qui claquent, de verres brisés, de pas sur du parquet, de sifflements de serpents, etc.

Décoration
La mission m’a été confiée de m’occuper d’une partie de la décoration du film. J’ai été chargé de décorer le bureau du Dr Frankenstein ; il a donc fallu trouver des objets et accessoires participant à l’univers de ce docteur du XIXe siècle.

Création de décors, les linceuls du chaos
La scène centrale du film – le rêve – s’est déroulée à l’intérieur d’un étrange décor minimal. Il s’agissait d’un grand cube de quatre mètres de côté entièrement constitué de tissus transparents. Ensemble, avec l’artiste, nous avons peint les faces avec de l’encre de soie noire en traçant des lignes à l’aide d’une brosse. Ensuite, nous avons projeté de l’eau aléatoirement sur le tissu. Cette opération a provoqué une propagation de l’encre par capillarité, qui s’est répandue en créant des motifs aléatoires. À travers ces formes chaotiques, on pouvait voir un renvoi plastique aux états mentaux sombres et confus du docteur lors de son rêve.

Répétitions et casting, trouver les spectres et les faire danser
Le docteur n’est pas seul dans son rêve : quatre spectres l’accompagnent comme des formes mouvantes abstraites. Il a donc fallu trouver des candidats et les faire se mouvoir lors d’une séance de casting à laquelle j’ai participé en filmant les candidats. À la fin, avec la réalisatrice et l’assistant réalisateur, nous avons choisi ensemble ceux qui correspondaient le mieux.

La technique de la caméra, une immersion dans l’équipe image
L’une de mes ambitions principales sur le projet était de poursuivre mon apprentissage de la technique de l’image afin d’améliorer mes compétences pour mes propres courts métrages et installations vidéo. C’est pourquoi je me suis proposé pour un rôle spécifique de technicien de l’image pendant le tournage. J’ai ainsi occupé le poste de second assistant caméra.
Ce poste, que j’avais déjà occupé par le passé, présente une qualité particulière. En effet, en intégrant l’équipe image, on a la chance de pouvoir travailler au service d’un autre artiste du cinéma occupant un poste clef du tournage : le chef opérateur. Responsable à la fois de la caméra et de l’éclairage du film, il travaille main dans la main avec le réalisateur. Ensemble, ils décident de la mise en scène du film. Être son assistant, c’est l’opportunité de pouvoir observer le travail entre ces deux artistes et la manière dont ils donnent une forme concrète aux intentions et au scénario.
En tant que second assistant caméra, j’ai eu pour tâche de réaliser les essais caméra avec le premier assistant caméra, ainsi que le « calage » des optiques. J’ai aussi réalisé en autonomie la « confo cadre » du film, étape de conformité de l’image capturée par la caméra avec son format défini : le 4/3, c’est-à-dire avec des bandes noires latérales, comme le veut l’esthétique des films des années 1920.
En préparation du tournage, j’ai aussi participé à l’équipement de la caméra, cette imposante machine composée de multiples parties distinctes qu’il faut assembler pour en faire un objet fonctionnel répondant aux besoins exigeants de l’image (objectifs, batteries, moniteurs, filtres, etc.).
Sur le tournage, le second assistant est notamment responsable des batteries et des retours vidéo, et il fait l’interface entre la face (là où l’on tourne) et l’arrière du plateau, tandis que le premier assistant s’occupe presque uniquement de la mise au point sur la caméra pendant les prises. J’ai également été chargé d’effectuer les « backups », c’est-à-dire les sauvegardes des images enregistrées et leur copie sur les disques durs. Une mission simple mais lourde de responsabilités : tout le travail de l’équipe du film se trouve en ma possession et sous ma responsabilité pendant ce moment où il faut mettre physiquement puis numériquement les rushes (fichiers) en lieu sûr.

Générique, mon apport en création d’images expérimentales
Une fois le tournage terminé, il restait une dernière série d’images à produire : celles accompagnant le générique. La réalisatrice a pensé cette séquence comme un ensemble d’images très plastiques et abstraites de tissus en mouvement filmés en plan serré. Justifiant une esthétique du remploi, les tissus utilisés étaient les mêmes que ceux du cube de la séquence du rêve, utilisés ici pour trois usages différents dans le film.
Pour ces images, afin de favoriser un processus de création expérimental, Faye Formisano a choisi de réduire l’équipe au minimum : elle et moi. J’ai eu l’honneur d’être l’unique opérateur caméra pour cette séquence. J’ai préparé le travail en amont en créant une lumière spécifique avec l’électro du tournage, puis je me suis occupé des réglages de la caméra, du choix des filtres, etc.
Lors de cette après-midi, j’ai même eu l’occasion de réaliser mes propres manipulations de tissus devant la caméra.

Conclusion
Ce stage s’est avéré être une expérience riche et variée. J’ai pu à la fois observer différents corps de métier impliqués dans une production cinématographique professionnelle. Au fur et à mesure de l’avancement du projet, j’ai su trouver ma place et fournir un travail technique et parfois artistique. Cette expérience apporte une nouvelle pierre à la construction de mon parcours artistique et professionnel.

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